Histoire

Jusqu’en 1950 les archives en possession de l’association sont très parcellaires. Un important travail de recherches dans les fonds municipaux et départementaux a permis de reconstituer le pourquoi et les premières années de la SDAT. La presse locale de cette époque a été d’un grand secours.

Amédée Charles COLLOT 1839-1919

Président fondateur de la Société Dijonnaise de l’Assistance par le Travail

Amédée-Charles COLLOT est né à PARIS le 17 avril avril 1839, fils d’Alexandre Charles COLLOT, professeur de langues et de Louise Émilie BERNARD.
Bachelier ès-lettres, Ingénieur des Arts et Manufactures. Après trois années passées en Algérie comme ingénieur, puis deux autres pour la construction des docks de Saint-Ouen, il se marie en 1866 à DIJON avec Mlle LAURENT, fille d’un constructeur mécanicien dont il devient l’associé.

Naissance de la Société Dijonnaise de l’Assistance par le Travail

Au tout début du XX° siècle, la Chambre de Commerce et d’Industrie de DIJON est préoccupée par le nombre de personnes se livrant à la mendicité dans la ville. Son ancien Président Amédée Charles COLLOT, industriel à DIJON, co-propriétaire et directeur des établissements LAURENT-COLLOT, accompagné de ses collègues, a l’idée d’une «Assistance par le Travail» pour répondre à la situation de mendicité.

Le 14 mars 1903, il organise une commission préparatoire en vue de la création d’une société d’Assistance par le Travail. Cette commission nomme les premiers administrateurs de la SDAT, essentiellement des industriels, magistrats et professeurs de faculté.
[lire le document fondateur de la SDAT]

Pour la première fois Le Bien Public évoque la SDAT dans ses colonnes.

A la suite de cette réunion, le 27 mars 1903, Amédée Charles COLLOT dépose la déclaration de création de l’association et les statuts rédigés de sa main en Préfecture.
Ils sont enregistrés le 31 mars 1903 et publiés au Journal Officiel du 8 avril suivant. [lire …]

Numérisation BnF Gallica

La naissance officielle de la Société Dijonnaise de l’Assistance par le Travail est en conséquence le 31 mars 1903. L’association est régie par la loi de 1901. Le siège social est fixé impasse de la Grenouille,
au niveau du 122 rue Berbisey actuel.

L’impasse de la Grenouille, à hauteur du 122 rue Berbisey

La SDAT s’installe dans l’immeuble du 7 rue de la Manutention, appartenant à l’Association Alimentaire de la ville de Dijon. Elle sera locataire d’une partie de l’immeuble pour un loyer de 200 Francs mensuels. La cour de cet immeuble est desservie par une autre entrée au fond l’impasse de la Grenouille (122 rue Berbisey) cette adresse sera le “siège social” de la SDAT jusqu’à l’achat par cette dernière de l’ensemble de l’immeuble en 1910.

Les débuts

Jusqu’en 1906 nous n’avons pas d’information sur l’activité de la toute nouvelle association, toutefois le livret de son Assemblée Générale tenue le 15 juin 1906 [Archives municipales série Q] est une source intéressante pour connaitre l’activité.
En janvier 1906, la SDAT présente une demande en vue d’obtenir la reconnaissance de l’association comme « établissement d’utilité publique ». Le Préfet de la Côte-d’Or donne un avis favorable le 10 mars 1906. Elle sera accordée, par décret du 13 août 1906.

Le 28 décembre 1905, Mme Sophie VILLENEUVE, épouse Henry GRANGIER, décède. Par son testament manuscrit de 1903 et codicilles de 1903, 1904 et 1905, elle institue légataire universel l’hôpital général de Dijon. Parmi les très nombreux bénéficiaires, elle lègue à la SDAT la somme de 100 000 Francs sous réserve du fonctionnement de l’association au décès de la testatrice. Dans le cas contraire, la somme serait versée au bureau de bienfaisance.

Immédiatement, le Maire de l’époque, M. Henri Joseph BARABANT, bloque par voie de justice ce legs.
Le motif invoqué est que l’association n’est pas reconnue d’utilité publique à la date du décès de Madame Villeneuve.

Il faudra toute la ténacité du Président COLLOT, pour combattre cette décision et obtenir gain de cause fin 1907.

Le 14 mars 1910, suivant acte reçu par Me Louis BERNARD, Notaire à Dijon, la SDAT fait l’acquisition de l’immeuble datant du XVI° siècle, situé à l’angle des rues de la Manutention et des Anciennes Facultés, appartenant à l’Association Alimentaire de la Ville de DIJON en dépôt de bilan et dont le siège social était 7 rue de la Manutention ; cette association avait été déclarée le 3 juillet 1902 à la Préfecture de la Côte-d’Or.

Cette acquisition est faite par Monsieur Amédée Charles COLLOT spécialement autorisé par une délibération du Conseil d’Administration de la SDAT, moyennant le prix principal de 28 000 Francs.
Daniel DUBUISSON a reconstitué l’histoire de cet immeuble depuis 1692. [voir]

Le 20 juin 1914, l’Assemblée générale de la SDAT décide de modifier les statuts de l’association. La principale modification apportée autorise ainsi l’association à « étendre son action par la création d’autres œuvres telles que fourneau alimentaire, asile de nuit… ». A cette date, le siège de l’association est situé 7 rue de la Manutention ; les ateliers sont situés impasse de la Grenouille.

Les statuts sont approuvés ainsi par décret du 30 mars 1915 ; ils n’ont pas été modifiés depuis. [ lire … ]

Le 28 mars 1919, le Président en exercice décède brusquement à son domicile, 41 rue Condorcet à DIJON.

1919-1929

Les objectifs de l’association sont à la fois économiques, sociaux et charitables : il s’agit de prendre en charge les exclus du système économique et de leur donner une nouvelle chance de s’intégrer au marché du travail.

Les réalisations successives vont comporter :

1930-1949

Ce sont les années de la grande crise et par conséquent du chômage. Jean-Baptiste RICKLIN, Notaire, est nommé Président en 1932 ; trois Présidents issus de la Chambre de Commerce l’ont précédé. Ce dernier y introduit des officiers à la retraite comme le Général GAGEY et le Général ECHARD. Ils font face avec courage et générosité mais voient fondre les revenus de la donation GRANGIER, sous l’effet des dévaluations successives du franc. On est alors dans le cadre de la charité traditionnelle. L’établissement connaît quelques déboires financiers, les locaux sont délabrés, la clientèle se fait rare.

En 1949, le Général ECHARD quitte DIJON et s’adresse au pasteur de l’Église réformée, le Pasteur Jacques DERANSART qui est élu Président en octobre 1949.

1950-1977

Le nouveau Président découvre que la caisse est vide. La Caisse d’Allocations Familiales demande à ce moment-là de racheter le bâtiment : la liquidation de la SDAT semble imminente.
Mais les visiteurs de prison se mobilisent car, pour eux, il s’agit de la disparition annoncée du seul moyen d’accueil à leur disposition lors de la sortie d’un prisonnier, sans famille, sans argent.

Le 9 décembre 1949, le Pasteur DERANSART met en place une nouvelle équipe autour du noyau formé par les visiteurs de prison, dont Henri GERMAIN et Henri CALLEROT et du Vice-Président Georges QUILLOT.
Grâce à Georges QUILLOT, l’établissement se transforme en une entreprise rentable d’usine d’allume feux. Il trouve des débouchés commerciaux auprès de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits. La main-d’œuvre est recrutée dans les services pénitentiaires.

En 1951, un directeur est recruté en la personne de Monsieur Jean BLIGNY : il sera le patron de la «Manu», comme l’appellent les Dijonnais, pendant un quart de siècle.

Rapidement, l’association va retrouver un équilibre financier basé sur le travail des ateliers, les pensions des travailleurs et une subvention de la ville de DIJON. A cette époque, le directeur est le seul salarié de l’association. Il est épaulé par des pensionnaires pour certains travaux et le concours de bénévoles.
Ces derniers assurent des tâches d’animation auprès des personnes en difficulté avec l’alcool ou en grande solitude ainsi que l’organisation d’actions collectives auprès des associations luttant contre l’exclusion.

En 1954, lors de la réforme de l’aide sociale, l’État propose son concours financier à l’association, dans le cadre de la prise en charge des personnes sans domicile fixe par les CHRS. Mais la «Manu» refusera pendant près de 20 ans de présenter une demande de prix de journée et cela pour trois raisons :

  1. la crainte de porter atteinte à des hommes libérés des effets pervers de l’assistanat et dont la dignité a été récupérée par le travail et la solidarité ;
  2. la conviction que bien des exclus ne sont plus disposés à rentrer dans le jeu de la société dite «normale » et que la « réinsertion » comme unique voie de salut est une illusion ;
  3. la non prise en compte des cas d’exclusion générés par les politiques fluctuantes des pouvoirs publics.

En juin 1978, c’est la fin du mandat du pasteur ESCANDE et l’on va assister alors à une réforme radicale des méthodes avec :

  • la rénovation des bâtiments de la rue de la Manutention permettant l’accueil de 115 hommes et une restauration ;
  • la création de 30 postes de travail rentables ;
  • la création d’un centre de jour avec restaurant gratuit ;
  • un hébergement de nuit de 50 lits ;
  • le relogement du bidonville de La CHARMETTE. [Document]

C’est à cette époque, au décès prématuré de Jean BLIGNY en août 1977, que Monsieur Bernard QUARETTA accède au poste de directeur. Une ère nouvelle se signale, l’acronyme de notre raison sociale «SDAT». On parlera encore longtemps de la «Manu».
Pour mieux cibler les publics, la SDAT crée d’autres associations et les accompagne dans leurs débuts :

  • 1952 : Fondation de l’Association Dijonnaise d’Entraide des Familles Ouvrières (ADEFO), par -entre autre- le Docteur LAGNEAU « un médecin confronté chaque jour à la misère de ses « patients » Egalement administrateur de la SDAT. Le docteur LAGNEAU fut président de l’ADEFO jusqu’en 1975.
  • 1970 : Création de l’Association Le Renouveau. Forte implication de la SDAT, notamment financière.

1978-2000

Le foyer avait pourtant été reconnu comme Centre d’Aide Sociale par arrêté préfectoral du 13 février 1957, mais le prix de journée proposé ne fut accepté que lorsque les difficultés de gestion finirent par l’imposer, à savoir, en 1976.

Ce changement de cap est rendu nécessaire par l’évolution dont il convient de noter les principaux caractères :

  • hausse du niveau de vie imposant un plus grand confort aux hommes accueillis ;
  • nouvelles normes définies par le Ministère des Affaires Sociales en matière d’encadrement et de sécurité ;
  • obligations découlant de la législation sociale ;
  • crise économique ne permettant plus de tirer des ateliers des ressources suffisantes.

La mutation est menée à bien par une nouvelle équipe d’administrateurs et d’éducateurs, sous l’autorité d’un jeune Président, M. LATHOUD, et du nouveau directeur, M. QUARETTA.

Cette nouvelle équipe travaille à mettre en place une organisation basée sur la complémentarité d’unités de gestion comportant les finalités suivantes :

  • accueil et orientation au Centre d’Accueil, comportant 40 lits, où les hommes, les couples ou les femmes accueillis ne passent que quelques jours, le temps de se retourner et d’être dépannés et orientés, en principe, cinq jours. Ce centre comporte un certain nombre de lits maintenus à la demande de la Ville de DIJON pour faire face à un sinistre éventuel ;
  • à ce centre sont annexés des dortoirs comportant une vingtaine de lits pour permettre l’accueil sans durée déterminée des clochards dijonnais ;
  • un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale, 7 rue de la Manutention, de 65 lits, où l’homme est accueilli par périodes de 6 mois renouvelables. A cette action de réinsertion s’ajoute un centre d’hébergement éclaté de 30 lits dont la particularité est de pouvoir héberger dans des studios ou appartements situés dans l’agglomération dijonnaise des personnes qui ne relèvent pas de l’internat ou qui ne peuvent vivre dans une structure collective ;
  • la section de mise au travail comportant des ateliers de sous-traitance, rue Auguste Frémiet, ainsi que le travail de creusement de tombes au cimetière.

Durant les années 80, répondant à diverses mesures et dispositifs mis en place par l’Etat, l’association développe ses activités en créant plusieurs structures nouvelles :

  • en 1986, ouverture du Restaurant Populaire en période hivernale ; ce service offre des repas peu onéreux ou gratuits dans certains cas ; c’est le point de départ de l’Accueil de Jour ;
  • en 1993 : création du Centre d’Aide à l’Insertion spécialisé dans l’accueil et l’accompagnement des personnes asociales ; ouverture d’une Antenne d’Accueil Médical pour assurer les premiers soins et proposer une orientation médicale aux personnes les plus démunies.

En 1988, et pour la première fois, la SDAT décentralise son action en ouvrant un Centre d’hébergement éclaté à Beaune sous l’appellation INSER’SOCIAL BEAUNE, répondant ainsi à la demande de la Ville de Beaune et de son CCAS. Par la suite, en 1992, une action similaire est engagée également avec la Ville de Chenôve, commune de l’agglomération dijonnaise.

Pendant ce temps, les ateliers de la rue Auguste Frémiet connaissent un développement lié à la mise en place par l’Etat de différentes mesures d’insertion (Revenu Minimum d’Insertion, Contrat Emploi Solidarité, Contrat d’Insertion…). Cette expansion nécessite une réorganisation du secteur économique de l’association en une unité de gestion.

C’est ainsi qu’en 1991 est née SDAT-entreprise, établissement secondaire chargé de la gestion des différents ateliers : sous-traitance, entretien bâtiment, services de proximité (nettoyage, blanchisserie), travaux du cimetière.

Façade du Foyer de la Manutention réhabilité

En 1992, une opération de réhabilitation du Foyer de la Manutention est réalisée avec l’appui financier de l’Etat et des collectivités locales (Département, Ville de DIJON). L’objectif est la rénovation complète de l’immeuble avec la création de 83 logements dotés des normes actuelles de confort et de sécurité ainsi que le conventionnement du foyer au titre de l’Aide Personnalisée au Logement.

À la suite de cette importante rénovation, une section Maison d’Accueil pour Personnes Agées Marginalisées (MAPAM), d’une capacité de 30 places, est ouverte dans le Foyer de la Manutention. Cette structure nouvelle, qui bénéficie d’un prix de journée alloué par le Conseil Général de la Côte-d’Or, reçoit les personnes désocialisées de plus de 60 ans.

La SDAT entre dans le XXI° siècle ; elle fête son centenaire en 2003.

Les Présidents de la SDAT

  1. Amédée Charles COLLOT-LAURENT, ingénieur civil
    1903-1919 † 1919 [ ]
  2. Pierre Auguste PATOURET, ingénieur civil
    1919-1921
  3. Georges MAUGEY, ingénieur civil
    1921-1934 [ ]
  4. Jean-Baptiste RICQLIN, notaire
    1934-1936
  5. Joseph GAGEY, officier général
    1936-1946 † [ ]
  6. Eugène ECHARD, officier général
    1946-1949
  7. Jacques DERANSARD, pasteur de l’Eglise réformée
    1949-1961 [ ] † 1961
  8. Philippe ANTOINE, inspecteur de l’enregistrement
    1961-1974 † 2009
  9. François ESCANDE, pasteur de l’Eglise réformée
    1974-1978
  10. Jean-Amédée LATHOUD, magistrat
    1978-1980
  11. Jean-Charles PARENTY, magistrat
    1980-1981
  12. Pierre DELMAS-GOYON, magistrat
    1981-1987
  13. Jean-Charles PARENTY, magistrat
    1987-1990
  14. Gilles STRAEHLI, magistrat
    1990-1997 [ ]
  15. Dominique ARNAUD, directeur de clinique
    1997-2000
  16. Bernard BLETTERY, professeur de médecine
    2000-2019
  17. Josette DUBANT, architecte
    2019-